Inutile de vous pincer, vous ne rĂȘvez pas ! Ce qui va suivre est bel et bien un modeste CR dâune partie du grand Advanced Squad Leader. Pas la version âpour les petitsâ que je pratique habituellement, non (je plaisante bien Ă©videmment, jâadore le Starter Kit, vous le savez !)⊠mais bel et bien une partie du grand frĂšre avec son imposant corpus de rĂšgles. Je remercie lâElĂ©phant (du forum CĂŽte 1664) qui a acceptĂ© de me consacrer une grosse aprĂšs-midi pour que je continue Ă apprĂ©hender ce grand classique du wargame tactique.
Or donc, nous nous sommes opposĂ©s sur un scĂ©nario de Critical Hit, le CH41, intitulĂ© Test of Nerves. Et tout dâabord, un petit peu de contexte historique.
Villers-Bocage, Normandie, le 13 juin 1944
Normalement, rien quâĂ lâĂ©vocation du lieu, je pense que tout amateur de la pĂ©riode aura devinĂ© de quoi il sâagissait. NĂ©anmoins, au cas oĂč, petit rappel des faits.
Le 12 juin 1944, lâescadron âAâ du 4th London Yeomanry appartenant Ă la 7th Armoured Division britannique (aussi connu sous le nom de âDesert Ratsâ) a Ă©tĂ© sĂ©vĂšrement accrochĂ© aux alentours du petit village normand de Villers-Bocage alors quâil tentait de contourner les forces allemandes pour sâouvrir la route vers le sud de Caen, objectif majeur du secteur anglais aprĂšs le dĂ©barquement. Ayant perdu plusieurs blindĂ©s, les âRatsâ sont contraints de se replier et la progression est momentanĂ©ment stoppĂ©e.
Le lendemain, lâescadron âBâ, ignorant le sort de leurs camarades, fait route vers lâobjectif. Câest en apercevant les carcasses des vĂ©hicules dĂ©truits la veille que le Lieutenant Cotton rĂ©alise lâampleur du dĂ©sastre et dĂ©cide prudemment de stopper sa progression au niveau du carrefour principal croisant la route de Caumont. Il envoie alors le Firefly commandĂ© par le sergent Bramall en reconnaissance dans les rues de la ville pendant que le reste de sa colonne coupe les moteurs afin de mieux entendre lâapproche des blindĂ©s allemands.
Ce que les britanniques ignorent câest que de lâautre cĂŽtĂ© de la bourgade, des Ă©lĂ©ments de la seconde compagnie de chars lourds de la Schwere SS-Panzer-Abteilung 101 commandĂ©e par lâas allemand Michael Wittmann montĂ©s au front depuis la Seine-Maritime ont pris position entre la sortie est de la ville et la cote 213, objectif fixĂ© par les alliĂ©s.
La suite, vous la connaissez sĂ»rementâŠ
Le 13 juin 1944 Ă 9h00, Wittmann et son Tigre prennent par surprise la colonne britannique alors quâelle se redĂ©ploie. Dans sa percĂ©e vers le coeur de Villers-Bocage, lâas allemand fait un âcartonâ, dĂ©truisant 10 half-tracks, 4 Universal Carrier, 2 transports de troupe, 2 canons anti-chars (6-pdr) et 3 chars lĂ©gers Stuart. Mais son Ă©popĂ©e ne sâarrĂȘte pas lĂ ; dans les rues de la ville, Wittmann et son Ă©quipage dĂ©truisent 2 Shermans de commandement (du 5th Royal Horse Artillery), 1 scout car et 1 half-track supplĂ©mentaire. Ce nâest quâarrivĂ© sur la place Jeanne dâArc quâil doit faire face Ă un candidat sĂ©rieux ; un Firefly commandĂ© par le sergent Lockwood de lâescadron âBâ ! Le char britannique tire pas moins de quatre fois et endommage le Tigre dâun coup au but dans la coque. Ce dernier riposte mais manque sa cible. NĂ©anmoins, la munition touche un mur qui sâĂ©croule sur le Sherman, lâempĂȘchant de poursuivre le combat.
Wittmann opĂšre alors un demi-tour et remonte la rue ClĂ©menceau oĂč le tir dâun canon anti-char lâatteint au niveau de sa chenille gauche, immobilisant le monstre. QuâĂ cela ne tienne, Wittmann et ses hommes parviennent malgrĂ© cela Ă dĂ©truire un Cromwell britannique dâun tir dans la tourelle qui fait exploser ses munitions avant de repousser un assaut dâinfanterie avec la MG34 embarquĂ©e du blindĂ©. Finalement, lâas allemand et ses coĂ©quipiers abandonnent leur blindĂ© pour regagner leurs lignes Ă pied.
MalgrĂ© lâexploit de Michael Wittmann, les britanniques tinrent lâouest de Villers-Bocage une grande partie de la journĂ©e, repoussant plusieurs assauts allemands, notamment grĂące au soutien de lâartillerie. Pour autant, Ă 16h00, les officiers du 4th London Yeomanry dĂ©cident de retraiter, mettant fin aux espoirs alliĂ©s de contourner la ligne de front et de mettre la pression sur les forces allemandes stationnĂ©es au sud de Caen.
Il faudra attendre le 04 aoĂ»t 1944 et le succĂšs de lâopĂ©ration Cobra pour que les alliĂ©s (re)prennent Villers-Bocage sans combattre, les allemands lâayant Ă©vacuĂ© la nuit prĂ©cĂ©dente.

Un Tigre et un Panzer IV détruits dans la rue principale de Villers-Bocage
OĂč lâon prĂ©pare sa partie avec un plan infaillible !
Et du coup, cÎté jeu, ça donne quoi ?
Le scĂ©nario de Critical Hit oppose deux forces interarmes composĂ©es de quelques squads⊠et de plusieurs blindĂ©s bien Ă©videmment. Cerise sur le gĂąteau, il y a en plus un module dâartillerie hors carte (OBA) cĂŽtĂ© britannique. Si je suis dĂ©sormais Ă lâaise sur lâinfanterie et les ordonnances, et si je commence Ă comprendre les chars cĂŽtĂ© rĂšgles (mais cĂŽtĂ© utilisation tactique, ce nâest pas encore cela !), cette fameuse artillerie sera une grande dĂ©couverte (surtout que ce nâest mĂȘme pas abordĂ© en [i]SK[/i], du moins dans les modules de base).
CĂŽtĂ© terrain, Villers-Bocage, dans la rĂ©alitĂ©, cela ressemble à çaâŠ

Pour y ĂȘtre allĂ©, jâen garde le souvenir dâune petite ville, assez charmante par ailleurs, situĂ©e sur une colline pas trĂšs haute. Dans le scĂ©nario de Critical Hit (qui se joue sur la carte 24), le village est au contraire dans une petite dĂ©pression. Dans tous les cas, il y aura du dĂ©nivelĂ© lĂ©ger ce qui semble conforme Ă la topographie rĂ©elle mĂȘme si personnellement jâaurai inversĂ© les hauteurs (lâinconvĂ©nient des cartes gĂ©omorphiques⊠quoique sur Vassal, je pense quâil y aurait facilement moyen de transformer la dĂ©pression en colline).

La carte est assez encombrĂ©e comme vous pouvez le constater, avec pas mal dâĂ©lĂ©ments que je dĂ©couvre pour la premiĂšre fois. NĂ©anmoins, lâaction se concentrant probablement sur le village et le carrefour situĂ© Ă lâentrĂ©e ouest du bourg (objectifs de victoire marquĂ© dâun âVâ), on ne devrait ĂȘtre confrontĂ© quâĂ des terrains assez âclassiquesâ ; des bĂątiments en bois ou en pierre, des bois, des champs de cĂ©rĂ©ales⊠mĂȘme la gestion du petit vallon ne mâinquiĂšte pas vraiment ; jâai dĂ©jĂ vu cette situation au Rabelais Meet. Seule vraie nouveautĂ© pour moi, les murs et les haies⊠que je vais avoir tendance Ă oublier au cours de la partie mais que mon partenaire ne manquera pas de me rappeler Ă juste titre.
A ma demande, il me refait Ă©galement un petit brief sur les âblind hexesâ, autrement appelĂ© âeffet plateauâ que jâavais, jâavoue, pas complĂštement compris au Rabelais. Câest rĂšgle a pour effet de simuler les âangles mortsâ derriĂšre des obstacles quand on observe depuis une hauteur plus Ă©levĂ©e. Et aprĂšs explications, il sâavĂšre au final que câest, comme souvent avec ce systĂšme, dâune logique implacable une fois que lâon a compris ce que cela cherche Ă simuler.
CĂŽtĂ© objectif, comme je vous le disais plus haut, tout se joue autour du carrefour de la route de Caumont. Les britanniques tiennent ce prĂ©cieux croisement au dĂ©but du scĂ©nario et le but des allemands (que jâincarnerai pour cette partie) est de les repousser au-delĂ ; Ă la fin du scĂ©nario, il ne devra plus y avoir de blindĂ©s britanniques avec un canon fonctionnel ayant une ligne de vue sur le carrefour. Les fumigĂšnes ne comptent pas pour la dĂ©termination de cette ligne de vue victorieuse. Vous verrez que cela a son importance !
Un plan infaillible que je vous dis !
Pour mener cette contre-attaque, on me confie donc six squads Elite (5-4-8) et deux leaders (9-1 et 8-0), le tout devant se rĂ©partir une MMG, deux LMG et un Panzershreck. Mais bien entendu, le gros de ma force est composĂ© de quatre blindĂ©s, parmi lesquels trois magnifiques Panzer VIE, fleurons de lâindustrie teutonne ! Avec son blindage avant de 11, il nâa pas grand-chose Ă craindre des Cromwells adverses (au nombre de deux), lesquels nâont quasiment aucune chance de le dĂ©truire avec leur canon de 75 (en termes de jeu, le âto killâ est de 14 ce qui, une fois retranchĂ© mon blindage de 11, ne laisse quâun 3- Ă faire avec 2d6 pour produire un effet). Non, la seule vraie menace pour mes Tigres est le Firefly adverse ; un Sherman Ă©quipĂ© dâun canon de 76mm Ă haute vĂ©locitĂ© capable de mâouvrir en deux sur un tir direct, mĂȘme de face (âto killâ de 23, ce qui, mĂȘme avec un blindage de 11, me dĂ©truit sur nâimporte quel rĂ©sultat autre que 12). Je dois le dĂ©busquer rapidement et essayer de lâĂ©liminer Ă tout prix ! Jâai bien conscience de lâenjeu, gentiment rappelĂ© par lâElĂ©phant avant le dĂ©but des hostilitĂ©s !
Mon dernier blindĂ© est un Panzer IVH, un classique de lâarmĂ©e allemande, qui est certes plus fragile que mes Tigres mais dont le canon long de 75mm est largement suffisant pour percer les blindages adverses.
Et pour symboliser la compétence de Wittmann et de ses hommes, je dispose de deux chefs de char ; un 10-2 et un 9-1 ; des bons bonus qui me permettront de toucher plus facilement.
Mon déploiement (et ma stratégie) est donc le suivant :

Ma force dâassaut principale se trouve au centre du dispositif, lĂ oĂč la densitĂ© urbaine est la plus forte (1) ; ces fantassins seront chargĂ©s dâavancer jusquâau grand bĂątiment de pierre qui domine le carrefour stratĂ©gique. Comme câest ici que je mâattends aux combats les plus Ăąpres, je lui adjoins mon meilleur leader (le 9-1) afin de maximiser mes chances de les rallier quand ils finiront immanquablement par craquer.
Je sais que de coutume les meilleurs leaders sont avec les armes âlourdesâ typiquement les MMG ou HMG et je dĂ©roge donc Ă la tradition, espĂ©rant aussi surprendre un peu mon adversaire (spoiler : cela ne va pas du tout fonctionner !). Ma MMG (2) est positionnĂ©e loin du front mais avec une vue dĂ©gagĂ©e sur le carrefour ; jâespĂšre ainsi mettre sous le feu tout fantassin anglais qui tenterait de contester ma position.
Mon deuxiĂšme leader (3) prend en charge un squad et sa LMG pour lĂ encore mettre lâobjectif sous le feu en sâemparant dâun bĂątiment tout proche de sa position initiale et qui a vu sur le croisement. Enfin, mon squad avec son Panzershreck (4) est positionnĂ© au nord ; mon idĂ©e est dâattendre que les blindĂ©s anglais se rĂ©vĂšlent pour quâil puisse aller chercher une position de tir, et câest pour cela que je lâĂ©carte du groupe âcentralâ afin quâil ne sâenglue dans des combats urbains Ă courte portĂ©e oĂč son arme anti-char lâhandicaperait (lâusage de ce genre dâarmement en espace confinĂ© exposant le tireur et ses camarades Ă un âbackblastâ).
Reste Ă savoir ce que je fais de mes blindĂ©sâŠ
Lâune des particularitĂ©s du scĂ©nario est que tous les vĂ©hicules (sauf un char anglais au choix du joueur) commencent cachĂ©s (HIP) au setup ; le premier tour se fait donc âĂ lâaveugleâ pour les deux camps, chacun devant deviner oĂč se trouvent les chars de lâautre dans une partie de cache-cache oĂč le perdant a de fortes chances dây passe
Je dĂ©cide de placer mon Panzer IV (5) sur la gauche de mon dispositif ; mon idĂ©e est quâil remonte lâaxe sud du village en direction du carrefour pour servir dâappĂąt et amener les blindĂ©s britanniques Ă se dĂ©couvrir. Sur la crĂȘte, Ă ses cĂŽtĂ©s, je positionne un Tigre (6) avec lâidĂ©e de lui faire faire un large mouvement de contournement pour dĂ©border le carrefour et les Ă©ventuels anglais qui sây trouveront. Ce char est dirigĂ© par mon deuxiĂšme âtank leaderâ (9-1).
Ayant deux chars au sud, je dĂ©cide tout naturellement de positionner les deux autres au nord. Un Tigre (7) aura pour mission de remonter lâaxe nord en direction du carrefour pour âfermer la pinceâ. Enfin, Wittmann (8) se tient en retrait, prĂȘt Ă foncer lĂ oĂč on aura besoin de lui.
Comme vous vous en doutez, sur le papier, mon plan me paraĂźt extrĂȘmement bien pensĂ© et (quasi) infaillible.
âŠ
Du moins jusquâĂ ce que je dĂ©couvre le setup adverse !
British did a bad bad thing

La grosse (et mauvaise) surprise vient de la prĂ©sence dâun Cromwell VI (1) pile poil sur le bĂątiment que je visais avec le gros de mon infanterie⊠car oui, un char peut parfaitement se trouver dans un hexagone de bĂątiment (il peut mĂȘme rentrer dedans si lâĂ©quipage a verrouillĂ© les Ă©coutilles !) ; jâai beau le savoir, ça (me) surprend toujours ! Avec son obusier de 95mm (munitions HE), il est redoutable contre mon infanterie⊠et dĂ©fend la zone quâelle devait prendre ; une sacrĂ©e Ă©pine dans mon pied !
Je me dis que mes blindĂ©s pourraient surgir de part et dâautre de sa position pour le prendre de flanc et lui rĂ©gler son compte rapidement (il nâa quâun faible blindage de 4 sur les cĂŽtĂ©s) mais je me doute que les anglais ont positionnĂ© une couverture sur la crĂȘte qui surplombe le carrefour (2) ; peut-ĂȘtre le canon AT de 6 livres ? Peut-ĂȘtre le Firefly ? Je ne sais pas⊠mais jâai peur !
Je note aussi la position du PIAT (3) au nord du bourg ; son âto killâ de 15 ne mâimpressionne guĂšre mais il a quand mĂȘme moyen de me dĂ©sosser un Tigre sur un tir de flanc ou sur lâarriĂšre. Il va falloir le traiter rapidement pour ne pas ralentir ma progression.
Seul point positif Ă tout cela, lâunique leader anglais (4), qui est lĂ quasi exclusivement pour commander les tirs dâartillerie, est dans lâaxe de ma MMG. Avec un peu de chance, si je parviens Ă lâĂ©liminer, les quelques squads dâinfanterie adverses qui pourraient breaker seront bien en peine pour se rallier. Et ayant dĂ©jĂ la supĂ©rioritĂ© numĂ©rique en termes dâinfanterieâŠ
Enfin, je mâattends Ă ce que quelques blindĂ©s anglais soient restĂ©s trĂšs en retrait, prĂȘts Ă foncer vers lâobjectif (et la victoire) au dernier tour si les choses se passent mal. Moi en tout cas, câest ce que je ferai !
Acte I - Panzer in flames
Non contents de se positionner en deuxiĂšme, les anglais sont aussi les premiers Ă agir dans ce scĂ©nario⊠mais solidement ancrĂ©s sur leurs positions dĂ©fensives, ils choisissent pour la plupart de laisser venir leurs adversaires. Le Cromwell Ă©quipĂ© de lâobusier commence Ă rĂ©gler la mire, couvrant ainsi lâaxe probable dâarrivĂ©e des allemands.

Un Cromwell Mk VI CS (Close Support)
Le leader britannique, sentant lui-aussi lâennemi arriver, parvient Ă Ă©tablir le contact radio avec la batterie de mortiers de 76mm situĂ©e au-delĂ de ses lignes arriĂšres mais aucune mission dâappui feu nâest disponible. FrustrĂ©, il nâa toutefois pas le temps de pester car le feu dâune MMG allemande sâabat sur sa position ; les vitres explosent, le bois Ă©clate, la pierre souffre⊠et les nerfs de notre sous-officier sont mis Ă rude Ă©preuve ; il craque et choisit de retraiter prudemment hors du vallon.
Les hostilités sont ouvertes !
Fort de ce tir de couverture, les allemands se lancent Ă lâassaut ; les fantassins investissent les rues de Villers-Bocage (1), profitant des maisons pour sâabriter du feu adverse. La LMG est mise en batterie Ă la position souhaitĂ©e (2) et la MMG se rapproche des combats.
Au nord, les blindĂ©s se dĂ©voilent. Un premier Tigre sâavance le long de la route pour sâapprocher du coeur de la ville (3). Au sud, câest le Panzer IV qui sâĂ©lance Ă son tour, empruntant lui aussi les rues de la bourgade, et ce afin de tenter dâaller chercher un angle sur le flanc du Cromwell qui bloque lâinfanterie ; il est Ă©paulĂ© par un Tigre qui le couvre depuis les hauteurs qui domine le hameau.
Mais câest alors quâils progressent en se couvrant lâun et lâautre que le drame se produit.
Câest lâĂ©quipage du Panzer IV qui est le premier Ă repĂ©rer la masse mĂ©tallique cachĂ©e dans un petit bosquet sur les hauteurs qui surplombent le carrefour de la route de Caumont. A peine les tankistes ont-ils eu le temps de comprendre ce dont il sâagissait quâun premier obus Ă haute velocitĂ© vient ricocher miraculeusement sur leur blindage ! Ils nâauront toutefois pas le temps de dire âouf !â car un deuxiĂšme obus vient percuter leur blindĂ© qui⊠sâembrase immĂ©diatement sans leur laisser la moindre chance de sâen sortir.
ComplĂštement dĂ©chainĂ©, lâĂ©quipage du Firefly (car câest bien de lui dont il sâagit (4)) recharge Ă toute vitesse le canon, oriente la tourelle sur sa droite, et aligne le Tigre qui couvrait le Panzer IV. Avec une prĂ©cision mortelle, le tireur fait Ă nouveau mouche ; lâobus pĂ©nĂštre le blindage du char allemand, tuant lâĂ©quipage sur le coup !
Les allemands viennent de perdre deux blindĂ©s en lâespace de quelques minutes ! Câest la stupeur !

LâĂ©lan est brisĂ©, et ce dâautant plus que les deux blindĂ©s restant ne parviennent pas Ă Ă©branler les positions britanniques devant eux. A lâabri des murs des maisons normandes, les anglais ne bronchent pas et laissent passer lâorage.
Acte II - Et le ciel leur tomba sur la tĂȘte
DâĂąpres combats Ă courte distance sâengagent entre soldats anglais et allemands mais bien abritĂ©s derriĂšre les murs des bĂątiments du centre ville, aucune perte significative nâest infligĂ©e et les nerfs tiennent de part et dâautre.
Au centre, sous la pression, quelques groupes de britanniques se replient en bon ordre sur les hauteurs Ă lâouest de la ville (1) permettant ainsi Ă leurs adversaires de gagner quelques centaines de mĂštres et de venir menacer le Cromwell qui garde lâaccĂšs au carrefour.
Au sud, les allemands tentent de dĂ©border les positions anglaises mais Ă©chouent Ă poser des fumigĂšnes et doivent sâexposer aux tirs des dĂ©fenseurs ; ils se retrouvent clouĂ© sur place, Ă dĂ©couvert (2). Seule la carcasse du Panzer IV qui continue de se consumer sur leur droite leur Ă©vite dâĂȘtre pris en feu croisé⊠et une situation encore plus dĂ©favorable.
Au nord, les deux Tigres survivants font feu de tout bois sur la maisonnette dans laquelle sâest abritĂ© le groupe anti-chars ennemi mais rien nây fait ! Ni les mitrailleuses embarquĂ©es, ni le pourtant redoutable canon de 88, ne parviennent Ă Ă©branler cette poignĂ©e de braves. Et mĂȘme si le PIAT est loin dâĂȘtre lâarme anti-blindĂ©s la plus redoutable de lâĂ©poque, Wittmann ne veut pas prendre le risque de passer en force et de prendre un projectile HEAT dans le flanc ou sur lâarriĂšre.
Inutile depuis sa position excentrĂ©e, le groupe porteur du Panzershreck passe derriĂšre lâun des Tigres pour rejoindre les combats au centre du bourg mais ils se font cueillir par un tir de LMG et doivent se replier dans lâarriĂšre ville.

Soudain, un sifflement aigu venu des cieux vient couvrir les cris porteurs dâordres et dâencouragements et le claquement sec du tir des armes individuelles ; le leader britannique, qui a retrouvĂ© de lâallant aprĂšs sa dĂ©route initiale, parvient Ă contacter la batterie de mortiers Ă quelques distances de lĂ et cette derniĂšre rentre en action. Cette premiĂšre salve de tir dĂ©vie lĂ©gĂšrement pour atterrir⊠en plein cĆur de la ville, au milieu du gros de lâinfanterie allemande (4). Pour les dĂ©fenseurs mis sur le reculoir, on nâaurait pu espĂ©rer mieux !
Le barrage Ă©branle fortement les assaillants. Un groupe de combat sâeffondre aussi bien mentalement que physiquement (12 au MC !), perdant la moitiĂ© de ses hommes dans un nuage de shrapnel et de dĂ©bris, un autre, qui sâapprĂȘtait Ă attaquer le Cromwell, est clouĂ© sur place avec le sous-officier les dirigeant venu apporter son leadership dans cet exercice pĂ©rilleux.
Lâassaut, qui peinait dĂ©jĂ Ă progresser, se voit complĂštement dĂ©sorganisĂ©âŠ
MalgrĂ© les cela, surgissant dâun bĂątiment encore debout, un groupe dâallemands encore vaillant parvient Ă surmonter sa crainte et engage le Mk VI, qui vient dâenrayer sa coaxiale, en combat rapprochĂ©. La manĆuvre est si bien exĂ©cutĂ©e que les attaquants surprennent lâĂ©quipage du blindĂ© mais malheureusement, ils cafouillent en prĂ©parant leurs mines magnĂ©tiques⊠et laissent passer leur chance de dĂ©truire cet obstacle qui les bloque depuis le dĂ©but (5).
DĂ©cidĂ©ment, quand rien ne vaâŠ
Acte III - Are you ready to rubble ?
Lâartillerie britannique poursuit son barrage et bien que les tirs se dĂ©portent lĂ©gĂšrement vers le carrefour, menaçant leurs propres positions, ce sont encore les allemands qui encaissent le gros de lâorage dâacier. Visiblement, câen est trop pour le leader allemand qui menait lâoffensive ; il craque devant ses hommes⊠lesquels, au contraire, deviennent fanatiques (1) ! Le Cromwell CS et ses assaillants qui jouent au chat et Ă la souris au milieu des bĂątiments du centre ville, eux aussi sous les obus de 76mm des mortiers, tiennent le coup et poursuivent leur ronde mortelle sans que personne ne parvienne Ă prendre lâavantage.
Au nord de Villers-Bocage, un des Tigres parvient enfin Ă dĂ©moraliser le groupe anti-chars adverse qui se voit contraint de reculer, dĂ©moralisĂ© (2). Cela ouvre la voie Ă Wittmann qui va pouvoir sâapprocher du croisement tant convoitĂ©.
Au sud, les allemands continuent de mettre la pression en tentant de dĂ©border ; un groupe de combat est mis en Ă©chec par le feu des dĂ©fenseurs et craque, mais leurs coĂ©quipiers, Ă©quipĂ©s de la MMG qui a quittĂ© sa position en retrait pour monter au front, parvient Ă se positionner dans une maison qui domine le vallon (3). Ce nâest pas extraordinaire mais au moins ces fantassins ont-ils espoir dâavancer au delĂ de la route de Caumont et dâintercepter ce qui pourrait arriver par lâouest, mĂȘme si leur champ de vision est limitĂ© par les bois environnants.
Dans une manĆuvre osĂ©e, et dĂ©barrassĂ© (provisoirement) de la menace du PIAT, Wittmann ordonne Ă son Ă©quipage de faire mouvement. Le Tigre n° 222(*) dĂ©vale la petite pente et opĂšre un large contournement par le nord pour aller chercher une ligne de tir sur le flanc du Firefly qui domine les combats (4). Malheureusement, pour une toute petite avancĂ©e rocheuse sur la ligne de crĂȘte, lâallemand nâa pas de vue sur son rival ; rageant !
Alors quâil jette un coup dâoeil rapide par la fenĂȘtre de son abri pour commander une nouvelle mission dâartillerie, le leader britannique est atteint par une balle de sniper. Il sâen tire avec une blessure Ă lâĂ©paule⊠et une belle frayeur. Encore un coup qui ne passe pas loin pour les allemands mais qui ne suffit pas Ă inverser le momentum qui est clairement en faveur de leurs adversaires.
Un momentum qui va prendre un tournant incroyable quelques secondes plus tard.
Quasiment Ă bout touchant, le Cromwell fait feu de son obusier sur les fantassins qui lâassaillent. Le tireur exĂ©cute parfaitement sa tĂąche et lâobus de 95mm atterrit au milieu des attaquants, ne leur laissant aucune chance ! Mais ce nâest pas tout ! Probablement fragilisĂ© par lâintensitĂ© des combats, le bĂątiment tout entier sâeffondre sur le blindĂ©, le coinçant sous les dĂ©combres. Et dans un effet domino, ce sont deux autres maisons attenantes qui sâĂ©croulent Ă leur tour⊠dont une sur une dizaine de soldats allemands et leur sous-officier qui tentait de les rallier.
En un seul tir, et par un coup du sort que seule la âfortune of warâ peut engendrer, les anglais Ă©liminent un tiers de la force allemande et leur meilleur officier !

Les rues de Villers-Bocage au lendemain des combats témoignent de leur intensité
(*) Fun fact dĂ©couvert en rĂ©digeant ce CR ; les historiens sâĂ©charpent sur le numĂ©ro du Tigre que pilotait Michael Wittmann durant son attaque sur Villers-Bocage. Il est certain quâil ne commandait pas son char habituel, le 205, car ce dernier Ă©tait en panne le 13 juin. Longtemps, il a Ă©tĂ© admis quâil Ă©tait Ă bord du numĂ©ro 222 mais certaines photos dâarchive semblent montrer ce Tigre roulant quelques jours aprĂšs les combats, ce qui est incompatible avec le fait que Wittmann et ses hommes lâaient abandonnĂ© dans les rues de la ville aprĂšs quâil ait Ă©tĂ© immobilisĂ©.
LâhypothĂšse la plus rĂ©cente est quâil Ă©tait aux commandes du char 212, mĂȘme si la question nâest pas encore dĂ©finitivement tranchĂ©e.
Acte IV - Un dernier espoir ?
Abasourdis, les allemands peinent Ă reprendre leurs esprits.
Bien que surmotivĂ©s, les allemands devenus fanatiques sous lâeffet du tir dâartillerie ennemi se font clouer sur place dans les ruines du centre ville par le feu anglais, les empĂȘchant ainsi Ă leur tour de tenter de dĂ©truire ce diable de Cromwell Mk VI. Et câest la derniĂšre mitrailleuse opĂ©rationnelle de ce blindĂ© (celle de coque) qui vient Ă bout de leur moral, pourtant Ă©levĂ©, les obligeant Ă se retirer du front.
Au sud, le sniper anglais se rĂ©vĂšle et, de quelques tirs bien sentis, vient dĂ©moraliser lâun des rares groupes de soldats teutons encore combattifs. A ce stade, il ne reste plus un squad qui ne soit pas brisĂ© !
Le chaos est total⊠et le KO nâest pas loin non plus pour les forces du Reich.
Le dernier sous-officier allemand parvient nĂ©anmoins Ă rallier une poignĂ©e dâhommes juste avant que les anglais ne contre-attaquent sur sa position ; il rĂ©ussit avec ses quelques courageux Ă repousser quelques adversaires mais ne peuvent empĂȘcher une partie de leurs collĂšgues de se rendre (failure to rout) ; ces malheureux seront exĂ©cutĂ©s sans autre forme de procĂšs (no quater !). Les allemands vengeront leurs camarades en Ă©liminant leurs bourreaux dans une derniĂšre mĂȘlĂ©e victorieuse.
Alors que lâon approche du dĂ©nouement, le Firefly dĂ©truit un nouveau Tigre dâun tir victorieux alors que le blindĂ© allemand tentait de prendre position en vue du carrefour convoitĂ©. LâĂ©quipage britannique, parfaitement dirigĂ© (tank leader 9-1), nâaura manquĂ© aucun de ses quatre premiers tirs et aura alignĂ© pas moins de trois chars adverses ! Et pourtant, il sâagit lĂ du dernier coup dâĂ©clat de cet Ă©quipage hĂ©roĂŻqueâŠ
En effet, profitant que lâattention de son adversaire est occupĂ©e, le Tigre de Wittmann avance encore de quelques mĂštres pour effacer cette ligne de crĂȘte qui faisait obstacle entre lui et sa cible. Les anglais tentent bien de faire face Ă cette nouvelle menace, pivotent la tourelle en toute urgence, mais le canon, probablement surchauffĂ© par lâenchainement, casse au moment du tir. Wittmann ne laisse pas passer sa chance et Ă bout portant, il Ă©limine (enfin !) le Firefly qui lui a tant coĂ»tĂ©.
Câest malheureusement trop tard pour inverser le cours des Ă©vĂšnements.
Quelques instants plus tard, le carrefour et ses environs se retrouvent noyĂ©s sous une pluie de fumigĂšnes tirĂ©e par la batterie de mortiers britanniques. Dans le lointain, le bruit de moteurs de deux Cromwells fonçant vers lâobjectif se fait entendre.
La partie est finie et les allemands prĂ©fĂšrent se retirer, ayant perdu trop dâhommes et trop de matĂ©riel dans ces combats autour de Villers-Bocage. La ville est anglaise et la route vers Caen est ouverteâŠ
Un petit mot de conclusion
En dĂ©roulant le log de la partie pour rĂ©diger ce CR, je me suis rendu compte Ă quel point les dĂ©s avaient Ă©tĂ© taquins avec moi (pour ne pas dire autre chose). Entre les jets de moral ratĂ©s pour la plupart malgrĂ© mon Moral de 8, le â6â sur le jet de âmines magnĂ©tiquesâ (qui mâaurait permis dâĂ©liminer le Cromwell sur un 8- avec lâambush en plus⊠et qui Ă la place me laisse âPinâ au corps-Ă -corps), les trois tours de feu passĂ©s Ă tirer avec tout lâarmement de deux Tigres sur des anglais (au PIAT) inĂ©branlables. PffffâŠ
Et que dire de ce quâils ont rĂ©servĂ© Ă mon partenaire ; entre son Firefly dĂ©chainĂ©, son OBA qui dĂ©vie toujours lĂ oĂč il faut, son Cromwell qui sort le critique quâil faut, quand il faut, lequel, cerise sur le gĂąteau, fait sâeffondrer les bĂątiments sur mes propres troupes.
Re pffffâŠ
Et pourtant, en rĂ©digeant ce CR, je me rends compte une nouvelle fois Ă quel point ces jets ont fait naĂźtre un rĂ©cit haletant, passionnant, spectaculaire ! Câest bien simple ; quand on jouait, et malgrĂ© cette succession dâalĂ©as contraires Ă mes intĂ©rĂȘts, jâĂ©tais âdedansâ. CâĂ©tait tellement immersif ! Surtout avec un joueur expĂ©rimentĂ© qui rend le jeu plus fluide.
Bref, câĂ©tait encore une fois top !
Au delĂ des dĂ©s, je pense que mon plan nâĂ©tait pas trop mauvais mais jâai clairement manquĂ© de prudence avec mes chars, en en perdant deux dĂšs le premiers tours. Mais je suis assez content de ma manĆuvre avec Wittmann qui a fini par mâoffrir la peau du Firefly. Sans dire que je suis Ă lâaise avec les AFV, cela commence Ă rentrer et on va continuer Ă les jouer.
CĂŽtĂ© apprentissage, le scĂ©nario mâa fait dĂ©couvrir lâOBA que je ne connaissais pas, la possibilitĂ© de dĂ©truire un blindĂ© avec de lâinfanterie cachĂ©e dans un bĂątiment quand il passe Ă cĂŽtĂ© (encore une belle trouvaille qui doit rendre les combats urbains palpitants tout en faisant ressortir la vulnĂ©rabilitĂ© de ces mastodontes dans ce genre de terrain), et encore deux ou trois choses qui ne me reviennent pas pour le moment.
Encore une belle partie, encore un bon moment autour de ce jeu exceptionnel.
Merci aussi à vous, pour les likes. En espérant que ce petit CR vous ai plu. :wink:






