Nous avons demandé à un membre de Cwowd de jouer les reporters mystères lors du Festival International des Jeux de Cannes. Sa mission : tester quelques titres attendus cette année sur Kickstarter. Et vous livrer ses impressions.
On attaque cette série avec le plus pressé,** Erune**, actuellement sur Kickstarter.
Erune est le premier jeu de Arkada Studio. Une équipe Made in France basée à Rouen.
Le principe : un Donjon Crawler - jeu de rôles, le tout fluidifié par une assistance vocale (celle que vous utilisez peut-être déjà si vous êtes habitué à dire “OK, Google…”).
Si vous êtes réfractaire à la technologie dans vos jeux, passez votre chemin : elle est profondément ancrée dans ce jeu qui ne peut être joué sans. Ni sans une connexion.
Mais, à mon avis, il serait dommage de s’arrêter à ce seul “défaut” et ne pas au moins s’intéresser à ce qui est proposé.
Erune a le potentiel pour intéresser ceux qui rêvent de pouvoir retrouver le plaisir d’un jeu de rôles et de découvrir (ou faire découvrir) un univers medfan riche en aventures.
Sans passer des heures/jours à lire et relire règles et scénarios. Et tout en bénéficiant du cadre plus structuré d’un jeu de société.
Si vous vous reconnaissez dans ce portrait, jetez au moins un œil curieux à ce projet !

Erune est pensé pour accueillir de 2 à 5 joueurs, un des joueurs tenant le rôle de Maître du Donjon [NDLR : il s’agit en fait d’un Overlord, on détaille en fin d’article].
Aucun mode solo n’est proposé. Et attention! Pour jouer à deux, un des joueurs devra jouer 2 personnages; impossible de jouer sans Maître.
Le jeu a été conçu par des rôlistes (et ça se sent fortement) mais pas que pour les rôlistes en manque de temps. Et pas forcément (du tout ?) pour des rôlistes purs et durs.
De mon côté, après 1h30 de partie, j’avais bien envie que cela continue. Encore!

Ma partie de test lors du salon s’est jouée à trois: le Maître du Donjon joué par un membre de l’équipe d’Arkada, ma chérie qui n’est (pour l’instant!) pas une grosse joueuse et moi-même.
Configuration qui me semble idéale. Disons trois ou quatre joueurs, 5 joueurs risquant, à mon avis, d’allonger un peu (trop) la partie.
Nous sommes rentrés rapidement dans la partie, pas besoin de 30 minutes d’explication de règles. Juste le choix de nos persos suivi d’une explication rapide.
Le jeu fonctionne sur quelques principes simples:
- Le Maître du Donjon a des objectifs secrets à accomplir pour cumuler des points de victoire. Pour cela, il a une horde de monstres à disposition, des pièges ainsi que des compétences qu’il pourra acquérir et améliorer pour poutrer les aventuriers dans les règles de l’art.
- Les autres joueurs ont un objectif connu et des objectifs secondaires que le Maître dissimule derrière son écran. Leur but : réaliser l’objectif principal et cumuler des points en accomplissant les secondaires.
- En fin de scénario, on compare les points des joueurs avec le total du Maître.

Les joueurs peuvent effectuer deux actions simples : se déplacer (le nombre de cases est indiqué sur les plateaux individuels), combattre (attaquer ou lancer un sort), fouiller, détecter des pièges ou des passages cachés… Attention : jamais deux fois la même action par tour.
Ils peuvent aussi utiliser des actions simples, gratuites, comme boire une potion. Et interagir avec les points d’intérêt… c’est là que l’I.A. du jeu intervient.
L’ I.A. ne gère pas le scénario, c’est bien le Maître du Donjon qui a les choix scénaristiques, tactiques et logiques de l’histoire à mettre en place. Même si lui non plus ne sait pas tout de l’histoire.
Le rôle de l’I.A est de simplifier le jeu. Et même moi, qui suis plutôt du coté anti-apli, je l’ai oubliée en cinq minutes. Elle s’est montrée très réactive. Même dans le brouhaha du Festival International des Jeux.
Il y a bien eu quelques ratés mais sans grande importance. Vu les conditions (si vous êtes allé une fois au Festival, vous avez une idée du bruit ambiant), c’est une grosse performance.
Alors, oui : la voix robotique chatouille les oreilles. Mais les gars au salon assurent une évolution rapide de ce coté là .
Personnellement, elle ne m’a vraiment pas gêné. Alors que son impact sur la partie est lui un gros plus : elle allège le jeu, le fluidifie et réussit même à gagner en immersion. Après, si la voix vous dérange vraiment, éteignez le son : l’appli écrit en simultané tout ce qui se dit (mais tant pis pour la fluidité et l’immersion).
Le jeu repose bien évidemment sur des jets de dés. Globalement, il s’agit d’un jeu de rôle (ou équivalent en jeu de plateau) très classique.
A noter, tout de même, un truc sympa (même si sans doute anecdotique) : le Maître peut proposer des pactes aux joueurs, avec un avantage momentané et une compensation-contrepartie (négative, évidemment) à moyen/long terme. Une sorte de pacte avec le diable.
Je ressors de ce test avec l’impression que l’équipe a bien bossé son projet et semble avoir blindé sa proposition en amont de la campagne. Mais Kickstarter prend souvent au dépourvu. Je pense qu’il manque (copieusement !) de communication à l’étranger. Ce handicap risque d’être bien difficile à surmonter…
L’obstacle principal au succès de cette campagne reste probablement d’expliquer le fonctionnement de l’application, son rôle et son utilité.
Coup de cœur du Festival pour ma chérie, grosse surprise pour moi.
Reste en inconnue le plaisir pris par l’Overlord que nous n’avons pas joué.
Cwowdporter au FIJ
En complément d’info
Le Maître du Donjon n’en est pas un : il joue contre les joueurs, en adversaire. On est donc bel et bien sur un jeu à Overlord et pas “vraiment” un jeu de rôles. Le rôle d’Overlord semble toutefois plus intéressant que dans de nombreux titres du genre (semble : personne n’ a hérité de ce rôle lors des démos).
Bien que le Maître du donjon soit en réalité l’ennemi des joueurs, Erune permet de retrouver les sensations d’un jeu de rôles. Ou, au moins, de ce qui en tient lieu sur console/PC (un RPG).
Le jeu, les mécaniques, jets de compétences etc. restent très basiques (fouiller un coffre, chercher un piège…). L’univers est lui aussi très classique. Générique. Ce n’est pas de ce côté qu’il faudra chercher de l’innovation (et ce n’est pas non plus ce qu’ils promettent).
Malgré les progrès énormes réalisés dans le domaine de la reconnaissance vocale, la technologie n’est pas totalement fiable. Certaines voix passent mal. Certains accents sont difficiles. Si vous avez un appareil Google ou Amazon chez vous, on ne vous apprend rien.
Toutefois, l’application développée pour Erune (à partir de Google Home et Google Assistant) n’est pas aussi généraliste que celle nécessaire à un Amazon Echo, par exemple. Elle ne doit pas vous trouver une recette de cuisine, la musique d’ambiance associée et appeler votre mère si vous êtes perdu… En conditions de test difficiles, comme sur un salon, la compréhension semble excellente. Et son apport intéressant.
Sur l’aspect voix synthétique, désagréable, les porteurs du projet ont communiqué un lien Google démontrant les diverses évolutions/possibilités d’amélioration. Impressionnant… mais cela reste de la démo technique, sans aucun engagement réel sur la disponibilité -date et, plus encore, particularités du français. Ce sera peut-être implémenté quand vous recevrez le jeu; ou peut-être pas. Et la lecture ne sera probablement pas toujours parfaitement en rythme, avec les intonations etc. Si c’est quelque chose auquel vous êtes sensible…
L’idée est intéressante, son développement semble maîtrisé et son utilisation réfléchie. A condition d’accepter que Erune est un jeu léger, façon RPG, ambiance beer & pretzels (mais pas trop, faut rester compréhensible de l’IA^^).
Le risque est par contre important, notamment sur la viabilité à long terme d’un jeu 100% dépendant d’une appli reposant sur des technologies non-propriétaires, porté par un primo éditeur via une campagne qui peine à atteindre les 1000 souscripteurs pour deux langues.
Pour plus d’informations, vous pouvez aussi lire la “preview” de Au Meeple Reporter dont nous avons repris plusieurs images.

