La semaine sâannonce riche avec des projets variĂ©s, tous intĂ©ressants Ă un titre ou un autre, qui sâen terminent. Et au moins quatre potentielles grosses campagnes qui dĂ©marreront mardi.
Une semaine trĂšs particuliĂšre puisquâelle aurait du ĂȘtre monopolisĂ©e par le salon dâEssen. Cet Ă©vĂ©nement majeur pour le jeu de sociĂ©tĂ© europĂ©en devra se contenter cette annĂ©e dâun ersatz ânumĂ©riqueâ. Nombre dâĂ©diteurs âtraditionnelsâ vont devoir apprendre, et vite!, Ă se distinguer du flot vidĂ©o permanent. Un problĂšme que connaissent bien les habituĂ©s du crowdfundingâŠ
Ils se terminent

Dungeon Univeralis
Se termine le lundi 19 octobre Ă 23h. La page KS. On en discute.
On dit de lui quâil est ce qui se rapproche le plus dâun Dungeons & Dragons sur plateau. Câest probablement vrai pour lâaspect simulation.
Dâun autre cĂŽtĂ©, câest aussi un jeu Ă rĂ©server aux amateurs de modificateurs en tout genre. De micro-gestion. De tests de compĂ©tence au D6 dans tous les sens. Et de standees, prĂ©sents en pagaille. Rien que faire lâinventaire du matĂ©riel reprĂ©sente une aventure.
Un jeu Ă rĂ©server Ă ceux qui ont du temps. Du courage. Et un groupe qui partage lâenvie de vivre lâivresse sans fin des jeux Ă modificateurs des annĂ©es 80-90. Je plaisante; mais Ă peine, ce titre a un cĂŽtĂ© 'nostalgique" qui me donne furieusement envie de partir en courant.
Ne mâen veuillez pas trop de ne pas ĂȘtre âneutreâ avec ce projet. Si vous voyez les choses sous un angle diffĂ©rent, vous en aurez largement pour votre argent (dâautant plus que lâabsence de plastique limite le coĂ»t du bestiau). Jâai juste lâimpression de voir une vieillerie achetĂ©e au hasard en vide-grenier. Mais vu le succĂšs de la campagne, avec prĂšs de 4000 backers Ă 24h de sa fin, câest aussi ce que certains, plutĂŽt nombreux donc, recherchent et apprĂ©cient.

Cactus Town
Se termine le mardi 20 Ă 21h. La page KS. On en discute.
Jeu en français.
Second Gate avait fait une entrĂ©e remarquĂ©e sur Kickstarter avec Monster Lands. Pas le jeu du siĂšcle mais une trĂšs belle rĂ©alisation et un titre finalement trĂšs plaisant Ă jouer mĂȘme si plus touffu quâil nâen a lâair. On regrettera surtout un manque de travail Ă©ditorial sur la longueur, notamment la fin de partie.
On les retrouve cette fois avec un jeu plus léger qui ne devrait pas leur poser trop de souci⊠si cela est possible.
Car lâidĂ©e maĂźtresse de ce jeu de programmation est dâinverser lâordre de rĂ©solution. Les titres de ce genre, comme par exemple Colt Express, utilisent en gĂ©nĂ©ral une rĂ©solution FIFO : First In, First Out. Autrement dit, on rĂ©sout les cartes de programmation dans lâordre oĂč elles ont Ă©tĂ© jouĂ©es (la premiĂšre jouĂ©e rĂ©solue en premier, la derniĂšre en dernier).
Cactus Town repose, lui, sur un systĂšme LIFO : Last In, First Out. La programmation est donc rĂ©solue dans lâordre inverse : la derniĂšre carte jouĂ©e sera la premiĂšre rĂ©solue et on dĂ©pile jusquâĂ la premiĂšre jouĂ©e, derniĂšre rĂ©solue.
Est-ce une bonne chose ? Difficile Ă dire sans faire un test avec de vrais gens dont le cerveau ne fonctionne pas forcĂ©ment exactement comme le nĂŽtre. Câest dĂ©jĂ le cas de la plupart des jeux de programmation. Si vous nâavez jamais piquĂ© une colĂšre parce que âlâautre idiot a encore fait nâimporte quoiâ⊠câest sans doute que vous nâavez jamais jouĂ© Ă un jeu de programmation. Ou que vos vĂȘtements sont safranĂ©sâŠ
Fondamentalement, empiler-dĂ©piler dans un sens ou lâautre ne change pas grand chose. Cela complique un peu la programmation, les cartes Ă©tant jouĂ©es âdans lâordre inverseâ (de la derniĂšre Ă rĂ©soudre vers la premiĂšre). Mais, pour tout le reste, la mĂ©canique reste identique. Et le chaos qui en rĂ©sulte, faisant le sel -et les frustrations- des jeux de programmation, ne devrait pas ĂȘtre moins grand.
En dehors de tout ce dĂ©bat pour rien (donc), câest charmant avec un traitĂ© cartoonisĂ© trĂšs rĂ©ussi. Que ce soit pour la version de base, Ă standees, ou la Deluxe avec des figurines.
Un jeu qui ne rĂ©volutionnera pas le genre et devra en plus supporter en permanence la comparaison avec Colt Express. Il a de bons arguments pour lutter (visuels, rĂ©alisation) mais le all-in commence tout de mĂȘme Ă chiffrer (entre 80 ⏠et 120 ⏠fdpin) avec trois extensions.

Cartographers Heroes
Se termine le vendredi 23 Ă 20h. La page KS. On en discute.
Dans la (toujours plus) grande famille des roll and write, Cartographers occupe une place Ă part entre lâabsence de dĂ©s (remplacĂ©s par des cartes) et lâobjectif du jeu qui nous fait peu Ă peu dessiner un royaume de fantasy.
Cartographers Heroes est une variation sur un mĂȘme thĂšme. Avec des cartes, conditions de victoire, âterrainsâ⊠diffĂ©rents. Mais un jeu absolument semblable qui peut ĂȘtre jouĂ© comme une extension de Cartographers. Ou tout seul.
Si vous nâavez pas encore craquĂ© pour Cartographers, prendre un pledge recommandĂ© (avec mini-extension et trois packs de nouvelles feuilles) est un peu onĂ©reux (un peu plus de 50⏠fdpin) mais pas absurde.
La rejouabilitĂ© ajoutĂ©e par les trois packs est Ă©norme; vous pourrez en plus ajouter lâancienne Ă©dition de Cartographers pour Ă©tendre plus tard votre jeu.
A condition dâaccepter un peu dâanglais sur quelques cartes (ou de les traduire, leur nombre est trĂšs limitĂ©). Sinon, autant attendre la version française qui sortira trĂšs certainement en boutique.
En espérant, comme ceux disposant déjà du premier opus, que les map packs seront aussi disponibles. Difficile, sinon, de justifier les plus de 50⏠demandés pour un jeu acheté moins de 20⏠en boutique.

Windward (Expansion & Big Box)
Se termine le lundi 26 Ă 4h. La page KS. On en discute.
La premiĂšre Ă©dition avait connu quelques loupĂ©s, en parti corrigĂ©s par un nouveau livret de rĂšgles en pdf, le reste devant ĂȘtre oubliĂ© aprĂšs cette seconde Ă©dition enrichie. En tout cas, câest ce que lâĂ©diteur nous promet / les backers espĂšrent.
Il faut reconnaĂźtre que les promesses Ă©taient Ă©levĂ©es. Et quâelles le sont encore plus.
Pas forcĂ©ment au niveau des mĂ©caniques, on est sur un petit pick up and deliver, trĂšs âgrand publiqueâ, sans rĂ©elle complexitĂ©. Et de ce cĂŽtĂ©, câest plutĂŽt rĂ©ussi mĂȘme si rien ne le diffĂ©rencie vraiment des autres.
Mais plus sur lâambiance, lâunivers trĂšs particulier de ces pĂȘcheurs de LĂ©viathans dans les nuages dĂ©lĂ©tĂšres dâune gĂ©ante gazeuse. Et donc sur le matĂ©riel de jeu, les illustrations, les figs de vaisseaux etc. De ce cĂŽtĂ©, avec lâexpĂ©rience de la premiĂšre Ă©dition, le jeu est (Ă©tait ?) loin de valoir lâhabituel billet de 100 demandĂ©.
Si lâĂ©diteur amĂ©liore son travail pour cette seconde version, le jugement pourrait ĂȘtre trĂšs diffĂ©rent (en se rappelant bien quâil sâagit dâun jeu simple, sans prĂ©tention stratĂ©gique).

Impression. Le thĂšme est sympathique (lâhistoire de lâimprimerie) mais la rĂ©alisation rappelle les grandes heures du jeu allemand maronnasse. Aucun intĂ©rĂȘt Ă donner un rein Ă KS pour ce genre de produit.
Se termine le mardi 20 octobre Ă 15h.

Dungeon Fighter. Un excellent jeu de dextĂ©ritĂ© oĂč les joueurs explorent un donjon en lançant des dĂ©s sur une cible. Histoire de rendre les choses intĂ©ressantes et complĂštement foutraques, les joueurs cumulent des handicaps (de dos, sur une jambe, avec un rebond avant la cible : bonne chance).
La premiĂšre Ă©dition du jeu, dont il doit encore rester quelques boĂźtes en boutique, Ă©tait malheureusement assez dĂ©sĂ©quilibrĂ©e, avec des Ă©preuves finalement trop difficiles. On peut espĂ©rer que cette nouvelle Ă©dition, totalement retravaillĂ©e, privilĂ©giera le fun. Dans le doute, et vu que seulement en anglais pour lâinstant, autant attendre. Il serait absurde, pour des questions linguistiques, de ne pas partager avec le plus grand nombre un jeu aussi couillon.
Se termine le mardi 20 Ă 23h59.

Warfighter Fantasy. La sĂ©rie Warfighter occupe une trĂšs belle place dans le cĆur des amateurs de solo. En tout cas de ceux qui apprĂ©cient aussi les jeux âmilitairesâ puisque les titres prĂ©cĂ©dents vous mettaient Ă la tĂȘte de squads dans des conflits modernes.
On pouvait espĂ©rer que le passage au med fan Ă©largisse la cible. Malheureusement, Dan Verssen ne sait parler que aux wargamers (ses clients habituels qui ne sont pas choquĂ©s par lâajout de 12 packs dâextension Ă $20 chaqueâŠ). Et sâest contentĂ© dâune fantasy gĂ©nĂ©rique probablement ressortie dâun caisson de stase.
Se termine le mercredi 21 Ă 21h.

Cascadia. Vous voulez faire un carton avec un jeu au thĂšme ânatureâ ? Engagez Beth Sobel et ses pinceaux magiques. Ce nâest certainement pas une recette infaillible mais sâĂȘtre offert les services de Mme Wingspan, Viticulture ou Arboretum Ă©tait un coup de maĂźtre pour Flatout Games. AprĂšs le succĂšs de Calico (6724 contributeurs et une trĂšs belle vie en boutique en VO, la VF qui arrive bientĂŽt devrait en faire autant), ce petit Ă©diteur de Seattle fait encore mieux avec cette seconde campagne.
Câest joli, câest sympathique et dans la mĂȘme gamme de jeux simples dâaccĂšs (les soi-disant familiaux). Pour un tarif trĂšs correct⊠hors frais de port. En ajoutant ceux-ci, lâexemple de Calico (qui coĂ»tera moins en boutique et en français) devrait plutĂŽt vous inciter Ă attendre. Parce que celui-ci a tout pour bĂ©nĂ©ficier dâune large distribution.
Se termine le jeudi 22 Ă 6h.

Shaolia 2nd print & Expansion. Un petit jeu fort bien foutu oĂč les joueurs sâaffrontent en essayant de construire le meilleur royaume. Ou de sâen prendre aux voisins. On attendra sagement que Boom Boom Games lance ensuite sa campagne pour une version française. Vous devrez toutefois vous passer de la Deluxe, qui ne sera pas proposĂ©e en français. Mais quâimporte.
Se termine le vendredi 23 Ă 14h14.

Galactic Era (relaunch). Il y a des choses trĂšs intĂ©ressantes dans ce jeu de 4X/colonisation SF comme le systĂšme dâalignement qui gĂ©nĂšre des effets diffĂ©rents. Mais la mise en scĂšne est bien trop quelconque, sans Ăąme.
Se termine le dimanche 25 Ă 14h56.
Au programme des jours Ă venir
Assez gros programme cette semaine. Avec au moins quatre projets qui ont de bonnes chances de toucher tous les publics (je dis ça mais je pense passer à travers les doigts dans le nez^^).

Lâessentiel se passera Ă©videmment le mardi. Et le plus gros morceau devrait ĂȘtre le nouveau Mythic Games : Darkest Dungeon.
Certes, certains ne veulent plus entendre parler de Mythic (ou en tout cas tant quâils nâont pas dĂ©pilĂ© un peu plus de leurs projets en attente). Mais entre la licence (pour les anti-numĂ©rique : il sâagit dâun jeu vidĂ©o rĂ©putĂ©), lâamour dâautres joueurs pour lâamazing Ă©diteur et son savoir-faire pour titiller les enthousiasmes les plus enfouis, on peut sâattendre Ă un joli score.

On verra si Ludus Magnus a redorĂ© son blason. LâĂ©diteur sâĂ©tait fait remarquer en 2016 avec Nova Aetas, un ambitieux jeu Ă figs sur fond de Renaissance. Il revient avec sa âsuiteâ/v2 : Nova Aetas Renaissance.
Entretemps, lâĂ©diteur aura enchaĂźnĂ© un dĂ©rivĂ© plus SF, Sine Tempore (4155 contributeurs), connu la consĂ©cration avec Black Rose Wars (8364 contributeurs et une vie honorable en boutique) et Dungeonology: lâexpĂ©dition. Avant de se vautrer avec son dernier KS, D.E.I. - Divide et Impera.
Parce que tout nâest pas⊠rose. Globalement, leurs jeux ont plu mais auraient tous mĂ©ritĂ© un travail Ă©ditorial plus couillu? LâĂ©diteur a de bonnes idĂ©es mais ses titres souffrent dâembonpoint. Ou de nâavoir pas pris le temps de vraiment les finaliser. CouplĂ© aux difficultĂ©s Ă livrer certaines âvague 2â, on peut logiquement sâinquiĂ©ter de la soliditĂ© de Ludus Magnus. Si ce projet ne rĂ©alise pas un gros score, il faudra probablement ĂȘtre prudent.

Les outsiders de la semaine devraient ĂȘtre Townsfolk Tussle, prĂ©sentĂ© comme une porte dâentrĂ©e Ă Kingdom Death: Monster. Une version (trĂšs) allĂ©gĂ©e mais dans un univers graphique quasiment Ă lâopposĂ©. Superbe, cartoonesque et familial.
Oublions la filiation douteuse avec KD:M, on parle ici dâun jeu ârapideâ (lire : qui ne se joue pas en campagne), fun, variĂ©. Qui pourrait bien crĂ©er la surprise sur Kickstarter (Ă condition dâoublier la rĂ©fĂ©rence Ă KD:M). Seul dĂ©faut : une variante solo existe mais ne semble pas convaincante. En cette Ă©poque de COVID-19 limite nos interactions sociales, lâabsence dâun vrai mode solo pourrait bien peser lourd dans la balance.

MĂȘme portĂ© par Arcane Wonders, je ne parierais pas sur Freedom Five: A Sentinel Comics Board Game en vainqueur de la semaine. Et pourtant, en gameplay pur, celui-ci est probablement le plus solide.
Ce coopĂ©ratif signĂ© Richard Launius oĂč des superhĂ©ros doivent protĂ©ger leur ville (dĂ©jĂ vu⊠cent fois ?) est en effet la nouvelle thĂ©matique (peu inspirĂ©e, donc) du jeu qui devait devenir Defenders of the Realm 2. Lâunivers Sentinel ne devrait pas permettre Ă ce projet dâexploser. Dommage ?

Dans un tout autre registre, qui parlera plus aux pro-bois, on retrouvera ce cher Phil Eklund avec Bios: Mesofauna. Sierra Madre Games, sa maison dâĂ©dition, vient dâenchaĂźner deux projets Ă plus de 4000 souscripteurs, le score de ce dernier opus de la sĂ©rie des Bios devrait jouer dans les mĂȘmes eaux. Et vu le niveau de complexitĂ© de leurs Ćuvres, câest une trĂšs jolie performance.
Restera, jeudi, une extension pour Grand Austria Hotel. Pas vraiment le mĂȘme public que les quatre prĂ©cĂ©dents. Mais nul doute que Grand Austria Hotel: Letâs Waltz devrait permettre Ă Lookout Games de rĂ©aliser un joli score (en nombre de backers, au moins) pour sa premiĂšre campagne. Et peut-ĂȘtre mĂȘme un grand score financier si la version Deluxe, annoncĂ©e, se rĂ©vĂšle incontournable.

Et si vous avez du temps Ă perdre, il restera Knockdown de Awaken Realms Lite. Entre Nemesis: Lockdown et Frostpunk, Adam Kwapinski manquait un peu de temps pour bosser sur ce jeu dâarĂšne inspirĂ© des jeux de combat console en 2D. Ou pour pousser Awaken Realms Ă se donner Ă fondâŠ
Et ce sera tout⊠pour aujourdâhui. On se retrouve mercredi (enfants en vacances, mon temps libre a fondu) pour faire le tour des sortie. Nâoubliez pas que backer, câest bien. Jouer, câest encore mieux.

