Alors que les éditeurs du circuit classique cherchent encore comment se démarquer dans un monde sans salons, et généralement distancié, les éditeurs habitués à Kickstarter semblent vivre dans un autre monde.
Certes, les contraintes les touchent comme tout le monde. Mais leur mode de communication, leur lien avec nous autres, joueurs, n’est apparemment pas impacté. Au contraire, même, il aurait plutôt tendance à se renforcer tandis que Kickstarter, du moins en ce qui concerne les jeux de société, explose, encore et toujours, tous ses records passés.
Pour combien de temps ?
Ils se terminent

Fantastic Factories: Manufactions
Se termine le mercredi 28 Ă 2h. La page KS. On en discute.
Du placement de dés avec un système de combos qui rappelle, un peu, It’s A Wonderful World de La boîte de jeu. Un peu.
On est donc sur un jeu dit “à moteur” où chaque nouvelle carte ajoutée à votre tableau va contribuer à en débloquer de plus grosses, efficaces ou utiles ensuite.
Evidemment, niveau ambiance, c’est assez rudimentaire. Le traité est gentillet mais il ne s’agit jamais que d’usines ou de structures/concepts liés. Et illustré façon site institutionnel.
D’ordinaire, mon inclination pour les jeux à ambiance forte m’inciterait à en dire du mal. Mais ce jeu fonctionne étrangement bien; il n’est pas le seul dans son genre (loin de là ) ni le plus beau mais sa dynamique, son rythme de montée en puissance est particulièrement jouissif. Le tout dans un format rapide.
Vous pouvez prendre le jeu en anglais sur KS ou plutôt opter pour sa localisation chez Lucky Duck qui le propose en préco sur leur site. Ou simplement attendre que ce soit dispo en boutique : rien n’est exclusif, les promo packs ne sont pas particulièrement excitants et une des deux extensions (qui ajoute de l’interaction directe) est assez douteuse. L’autre, la principale, ajoute de la variété et c’est clairement ce dont ce (genre de) jeu a le plus besoin s’il souhaite est rejoué encore et encore.
Pour une fois qu’il y a trois plans possibles et aucun mauvais… Si vous ne souffrez pas de FOMO (la peur de manquer), l’option boutique plus tard, avec juste le jeu puis son extension principale, semble tout de même la plus intéressante.

Frostpunk
Se termine le jeudi 29 Ă 3h. La page KS. On en discute.
C’est gros. Terriblement excitant. Avec un thème survie assez original, qui peut se révéler assez rude. Avec une réalisation de toute beauté. Et ce jeu semble parfaitement reproduire l’ambiance, l’expérience, du jeu vidéo dont il est dérivé.
En tout cas si vous le prenez avec figurines de bâtiments qui bénéficient d’un traitement “wash” qui devrait faire merveille.
Et non, ils ne servent aucun rôle si ce n’est cosmétique. Mais cette version exclusive est le meilleur argument pour ne pas plutôt attendre la sortie boutique. Il n’y a que Kickstarter pour permettre ce genre de folie.
Est-ce que le jeu va au-delà du fan service ? De la licence ? Oui, clairement. On est même en présence d’un très intéressant coopératif, dans la veine d’un Pandemic. Mais, avec un grand mais : Frostpunk est claitement un “jeu en solo réparti sur plusieurs joueurs”.
Difficile de recommander ce projet pour y jouer à quatre. Ou même à trois, probablement. Et rien ne vient réellement empêcher un joueur de diriger la partie.
Par contre, si vous “êtes solo” ou duo, vous devriez vous régaler.

Project L: Finesse
Se termine le jeudi 29 Ă 22h. La page KS. On en discute.
Pas de texte sur le matériel.
Un jeu tout en finesse (désolé^^) qui exploite comme aucun autre les polyominos popularisés par Tetris.
Nombre d’éditeurs s’y sont déjà essayé mais, à chaque fois, cela aboutit à des jeux assez mous et, finalement, plutôt répétitifs. Boardcubator a trouvé les bonnes idées pour en faire un jeu vif, dynamique et excitant.
L’objectif est toujours de reconstituer des motifs avec des pièces de Tetris. Mais, ici, on récupère les pièces utilisées, pour la suite. Et on gagne de nouvelles pièces en bonus à chaque fois. Avec même la possibilité de remplir plusieurs motifs en un coup.
Project L est donc avant tout un jeu “à moteur”. Très simple; limite même simpliste. Comparable, en gros, à un Splendor. Mais ses possibilités d’optimisation, l’efficacité du “moteur”, pourront satisfaire aussi un public plus exigeant.
Un excellent filler (une petite demi-heure) intéressant et accessible. Servi par un matériel d’excellente qualité : puzzles en double-épaisseur, avec découpes, jetons en acrylique (comme Azul), design sobre, épuré, sans texte. Un régal à manipuler, un plaisir très tactile.
Les deux extensions ajoutent des possibilités intéressantes qui viennent enrichir, si besoin, le jeu. En particulier l’extension Ghost qui ajoute un peu de profondeur sans rendre le jeu plus complexe.
Attention tout de même à la jouabilité à six, le jeu de base peine déjà à cinq; les temps morts ne sont pas exceptionnels mais cassent le rythme rapide qui, à moins de joueurs, est une des forces du jeu.
Asmodee a récupéré le bébé pour une future version française mais ce devrait être sans les extensions. Et on peut douter que ce soit avec le même matériel. Le jeu n’utilise pas de texte, les règles traduites sont disponibles (en v1, on les trouvera certainement aussi en v2) : aucune raison de prendre le risque de se retrouver avec un jeu pas aussi abouti.

Dungeon Drop: Dropped Too Deep.
Se termine le jeudi 29 Ă 23h. La page KS. On en discute.
Un jeu qui partage et parfois pour des raisons contradictoires.
Sous des faux airs de dungeon crawler pour enfants, Dungeon Drop est en fait un jeu assez abstrait où vous allez balancer une poignée de cubes (très jolis) sur la table.
Le but ? Créer des zones triangulaires reliant trois (évidemment) piliers et ramasser tous les cubes de cette zone. Certains cubes sont à votre avantage ou vous donnent des pouvoirs, d’autres sont à éviter.
Le jeu a tenu toutes ses promesses pour moi. C’est simple, ça se joue très vite (15 minutes en gros) et les différents pouvoirs font leur petit effet. Mais il ne faut pas l’attaquer en cherchant à optimiser à max ou ce sera long et chiant. Et jouer sur un tapis faute de quoi vous passerez plus de temps à ramasser des cubes qu’à jouer.
L’extension ajoute bon nombre de nouveautés dont des gros cubes illustrés : un no brainer. Je n’en dirais pas autant de Superstructure (plateau + mur) : pour le même tarif ($20), je vous recommande plutôt d’acheter A La Conquête Des Catacombes en boutique. Vous y gagnerez un petit jeu de pichenette au passage (ou vous attendez la sortie du grand frère Catacombs en français; ce n’est pas le même tarif mais…)

Twisted Fables
Se termine le jeudi 29 Ă 23h. La page KS. On en discute.
Un de plus dans l’immense famille des jeux de cartes d’affrontement en duel. Pensez BattleCON ou Exceed (pour ne citer que deux références financées sur Kickstarter).
Le thème se démarque avec ses héroïnes de contes devenues des combattantes cyberpunkisées. Un exercice à écueils dont l’éditeur s’est parfaitement sorti, sans jamais jouer sur la fibre boobs/butt. Limite, même, il est allé un poil trop vers le badasse/méchante.
Ceci dit, ça commence à faire beaucoup de jeux qui exploitent une distorsion des contes. Et cela les limite en général à un marché de niche, la plupart des gens préférant finalement en rester à la distorsion opposée (mièvre) opérée par Walt Disney.
Bilan : un jeu de niche dans un univers de niche. Et un résultat plus qu’honorable, pourtant, avec quasiment 2000 souscripteurs avant le rappel des 48h.
Car le gameplay est assez intéressant. On reste dans un classique deck-building avec quelques twists qui pourraient faire la différence. Notamment des decks différents pour chaque combattante : pas de marché commun ici, vous achetez dans votre propre deck.
Un bien ou un mal ? A voir, cela semble tout de même limiter la part stratégique (il manque de toute façon une réelle mécanique pour affiner son deck); et plus favoriser la tactique. Ce qui convient peut-être mieux à de l’affrontement. Mais on peut du coup s’inquiéter de la rejouabilité.
Si vous êtes intéressé, optez donc plutôt pour la version à figurines. Vous vous éviterez la corvée de devoir manipuler en permanence les standees sur la piste centrale.

Airships: North Pole Quest 2.0. Un projet sympathique qui a séduit son petit monde sur le forum. Ceux qui ont apprécié l’aspect “œuvre de passionnés”. Le bel objet. La rareté de la chose. Ou les courses de dirigeables… qu’en sais-je ?
Niveau gameplay, par contre, ça ne révolutionne rien. Airships a même encore un pied dans les jeux de simulation avec règle et rapporteur. Cela n’a rien de sale (à moins d’avoir été traumatisé dans votre adolescence par une horreur comme Amirauté^^), regardez juste les règles avant de plonger.
Jeu en français. Se termine le mardi 27 octobre à 20h.

Desolated. On était déjà bien refroidis par l’idée d’un jeu qui nécessite d’acheter plusieurs boîtes (une boîte pour 2 joueurs, deux pour 3-4 etc.). On a ensuite découvert que le porteur du projet en étant à sa quatrième société (au moins) avec chacune un projet financé sur Kickstarter.
Rien de dramatique non plus, le premier devrait bientôt être livré. Mais tant que ce ne sera pas le cas (et mieux vaudrait que plusieurs soient livrés), autant éviter.
Jeu en français. Se termine le jeudi 29 à 19h33.

Mr. Cabbagehead’s Garden. Un petit puzzle en solo (une variante pour deux est proposée mais à l’intérêt limité). Il se démarque plus par son style, ses illustrations, que par son gameplay, assez mécanique.
Se termine le samedi 31 Ă 5h59.

Veiled Fate. Parfois, on passe à côté d’un jeu. Et c’est mon impression avec celui-ci. Je vois très bien l’intérêt ludique de la chose et cela semble un jeu d’influence très correct. Mais avec l’impression que l’éditeur cherche à nous vendre tout autre chose…
Le “strategic deduction game” est ainsi un très classique exercice où on fait tous ensemble avancer différents pions de couleur, chacun cherchant à faire gagner, en secret, une (sa) couleur. De même, si la réalisation est très belle, on nous la vend le prix fort (même si la TVA a disparu). Et ça n’a rien non plus d’exceptionnel.
Jeu en français. Se termine le dimanche 1er novembre à 4h.

Knockdown. On en parlera plus dans la seconde partie de la revue consacrée aux “nouveautés” (demain ou mercredi). Awaken Realms rompt avec ses habitudes (via sa structure “Lite”) et nous pond un petit jeu d’affrontement à pas cher. On aime la faible part de hasard. La boîte qui se transforme en plateau de jeu 3D (totalement serrarien).
Dommage que ce ne soit pas en français. Et que le jeu ne comprenne que trois combattant (six avec une seconde boîte, incluse dans le pledge, reprenant des héros de Nemesis). Du coup, le tarif est correct.
Se termine le dimanche 1er Ă 19h.
Au programme des jours Ă venir
Cette semaine ne devrait pas beaucoup vous aidez si vous souhaiter faire une cure de restauration de Carte Bleue… Rien de gros/incontournable (il y en a bien assez déjà ) mais plein (plein!) de petits projets qui ont de bonnes chances de faire vibrer les cordes sensibles.

Deux extensions pour le sympathique Asking for Trobils. Un jeu dont on n’avait guère dit de bien lors de son financement (il y a une éternité) car d’une monochromie orange qui flinguait les rétines les plus endurcies. Mais le jeu s’est finalement révélé excellent. Et sa direction artistique a été ensuite retravaillée (comme quoi…).

Dire Alliance Horror. Blacklist Games (les frères Sadler) relookent Undaunted, un excellent jeu de deckbuilding tactique sur les conflits de la 2ème GM. On sort la mécanique de sa niche en lui collant de l’horreur (quelle audace!) très classique.
Oh! Et on met les figs en option mais on communique à mort dessus depuis des semaines. Désolé mais cet éditeur bicéphale commence aussi à multiplier les casseroles, aussi sympathiques soient-ils.

Sakura Arms. Level 99, LE spécialiste du jeu de cartes d’affrontement, nous en propose un nouveau. Qui n’est pas totalement inconnu puisque localisation d’un jeu japonais pour deux joueurs. Pas testé mais cela semble plus léger que leurs créations précédentes.

Endless Winter: Paleoamericans réunit trois auteurs de talents (Drake Villareal -Merchants Cove-, Stan Kordonskiy -Dice Hospital, Rurik: Dawn of Kiev- et Jonny Pac -Coloma, Sierra West, Pour une poignée de meeples). Un trio hors pair (ah ah) qui aura donc accouché d’un euro fort sympathique, mélangeant ouvriers, ressources, polyominos et deck-building.
Le jeu semble en avoir sous la capot (designé par TheMico) et vous demandera de guider une tribu de la fin du néolithique sur plusieurs générations.

Autre eurogame mais situé dans le Japon féodal, Shogun no Katana vous met dans la peau de fabricants de katana s’affrontant pour créer la lame qui sera digne du Shogun. Le pédigré est moins racé mais la création est signée Placentia Games à qui on doit Wendake, Florenza ou Kepler 3042. Cela s’adressera donc plutôt à des joueurs “exigeants”.

Mercredi, un seul projet au programme mais signé Tabula Games qui passe rarement inaperçu (Mysthea, Barbarians: the Invasion, Volfyirion…). Leur semi-coop Sons of Faeriell avait mis l’eau à la bouche après quelques illustrations puis refroidi après révélation de la preview du KS. Mais l’éditeur a joliment travaillé depuis.
A suivre. Attentivement. D’autant que le semi-coop cache en fait une proposition peu courante : un compétitif où tout le monde perd si “la corruption” l’emporte… à moins qu’un joueur décide de changer de camp.

On devrait aussi voir ce que Igiari a concocté pour relancer le vieux Vabanque de Leo Colovini et Bruno Faidutti. La campagne devait démarrer mardi dernier mais a rencontré un souci technique avec Stripe. Ce sera probablement en début de semaine.
Et ce sera tout… pour aujourd’hui. N’oubliez pas que backer, c’est bien. Jouer, c’est encore mieux.
Pour les nouveaux projets, qui ont démarré la semaine dernière, c’est par là :
Une semaine de nouveaux jeux sur Kickstarter #20
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