Dans sa série “mathemW joue à ses jeux”, ‘Mat’ nous a dit tout le bien qu’il en a pensé après une partie. Il m’a semblé intéressant de prolonger avec l’opinion d’un joueur qui a été au bout de l’histoire. Autant la jouer franchise : le titre “point de vue alternatif” est un gros putaclick vu que l’enthousiasme est ici encore plus grand. Mon conseil si tu es pressé, fonce acheter ce jeu avant qu’il soit en rupture partout.
Thierry
Hier j’a joué à “Le Petit Théâtre”, de Quentin Guidotti et Gricha German. Enfin, hier, plutôt sur trois sessions sur 3 soirées différentes en famille, en fait.
Et c’était vraiment rafraîchissant. Vraiment.
Alors il n’y aura pas de photos des parties, pour ne pas spoiler.
Parce que le jeu mérite qu’on le découvre avec un oeil naïf, histoire de se dire qu’on peut encore s’émerveiller devant un jeu en 2026, même s’il en sort 1000 autres dans l’année.
S’émerveiller parce que l’édition et la créativité peuvent continuer à surprendre par leur qualité.
S’émerveiller parce que des auteurs peuvent retranscrire avec l’aide de l’éditeur tout le fun qu’ils semblent avoir eu à développer un jeu.
Et le fun, dans Le Petit Théâtre, ça transpire par tous les dossiers de la boîte et tous les enregistrements de la page dédiée au jeu.
On a l’impression que les auteurs se sont vraiment amusés à écrire les règles, à enregistrer les intros et les conclusions, à imaginer la tronche de la boîte et de son contenu, le design des cartes (chapeau à Olivier Derouetteau qui retranscrit parfaitement la folie douce de l’ambiance du jeu !).
Bref, j’avais mis la main dessus parce que le pitch m’intriguait, et que la mécanique pouvait plaire à la maison, et maintenant qu’il est joué, la seule conclusion possible est “waouh, voilà, des fois, y’a un jeu qui change de l’ordinaire et qui met la banane rien que pour ce qu’il est”.
Accès immédiat aux places du premier rang
Ou plutôt, au siège du metteur en scène.
Car c’est de cela qu’il s’agit. Les joueurs mettent en scène chaque partie pour en remplir les objectifs.
Un puzzle game malin sans être révolutionnaire (du tout) - voire même que certains trouveront sans doute beaucoup trop simple - , dont le renouvellement vient de l’aléatoire du tirage des différentes cartes personnages, verbes, et coups de théâtre.
Grâce à ces cartes, on doit satisfaire aux conditions de fin de la scène avant épuisement de la pioche de personnages (et des possibilités d’action …bref, quand c’est la grouille sur scène et que plus personne ne peut/sait plus rien faire, reste à dire “coupez !” - même si ça c’est au cinéma, et pas au théâtre :thinking:)
Mais l’accès au jeu est bien immédiat : les règles sont simplissimes, le livret s’avale en quelques minutes, et on y revient plus ensuite. Tout est limpide dans chacun des dossiers de scène, la mécanique centrale ne change pas, les variations autour sont simples et minimes au fur et à mesure que l"on progresse (et ne se cumulent pas).
Bref, c’est hyper abordable, on ouvre, on lit un tout petit peu (et on peut écouter l’intro “jouée” par un acteur vraisemblablement sous substances euphorisantes), et on se jette surtout très vite dans le feu de l’action sous la chaleur des projecteurs.
Le théâtre à l’honneur
Nous voilà donc à devoir satisfaire aux conditions de fin de partie, à coups de personnages et de verbes. En collaboratif. On ne se montre pas les cartes, mais on a le droit de dire ce qu’on a.
Objectif: enchaîner des phrases qui amènent petit à petit les acteurs à se retrouver dans la configuration que leur demande le jeu à la fin de la scène (la princesse et le troll adjacent à tel autre personnage, tel ou tel personnage hors des lignes et colonnes auxquelles appartiennent tels autres personnages, etc. …). Rien de sorcier. On doit animer la scène pour que les personnages terminent comment l’auteur à prévu qu’ils terminent.
Quelques personnages disposent de pouvoir simples (avancer d’une case, manger un personnage, etc. ) activables par des cartes verbes ou par des cartes coups de théâtre. Et le deck de personnages est donc limité et sert de timer (quand il est épuisé, si on ne peut plus rien faire avec ses cartes en mains, c’est perdu).
Tel le metteur en scène, on anime donc cette joyeuse troupe sur la table pendant la durée de la scène, chaque personnage pouvant, sauf indication contraire, agir comme n’importe quel autre (ce qui conduit à de cocasses situations où un sapin peut être amené à manger un rocher, ou un rocher à sauter par dessus une princesse. Sky is the limit !).
Le tout à coup d’illustrations rigolotes puisque tout “personnage” de la pièce est en fait un acteur en costume (de rocher, de sapin, de troll, de princesse, etc. …).
Difficulté, challenge. Y’en a quand même ?
Pour être honnête, c’est là que le jeu risque de décevoir du monde.
Comme dit plus haut, les puzzles à résoudre ne sont pas d’une difficulté extrême. Cette difficulté va en grande partie provenir du tirage des cartes, si on va avoir les bons personnages au bon moment avec les bons verbes. Ce qui finalement reste dans le thème, et force parfois à l’improvisation (dont l’issue peut être plus ou moins heureuse, du coup).
Le hasard est partiellement mitigé par les cartes coup de théâtre (très utiles), mais clairement, certaines scènes vous prendront seulement une poignée de minutes à jouer avec succès, et les échecs risquent d’être peu nombreux (dans notre cas, sur 12 scènes hors prologues, nous n’avons raté que deux runs).
Le challenge monte donc quand la pioche des cartes est contre vous, et qu’il faut s’adapter quand la tactique sur laquelle on était partis est mise à mal par l’absence de personnages en main ou de verbes disponibles dont on aurait besoin pour la mener à son terme.
Mais on reste assez loin de la frustration d’un gros jeu casse-tête.
En général, vous êtes vite fixés, et si c’est raté, on recommence la scène et ce n’est pas bien grave.
La remise en place prend 30 secondes, et on relance l’action. Ça sert à ça les répétitions, après tout !
Les runs sont finalement courts, reprendre la scène ne donne pas l’impression d’avoir joué des heures pour se retrouver planté par une mauvaise pioche de carte.
La rejouabilité vient donc surtout de cet aléa des cartes, et du fait qu’il peut par conséquent y avoir plusieurs manières d’atteindre ses objectifs (rapprocher des protagonistes de leur cible, ou au contraire rapprocher la cible. Eliminer des obstacles ou au contraire s’en servir pour atteindre l’objectif. Etc. …).
Le challenge n’est donc pas hyper élevé, il faut plutôt prendre le jeu comme un coopératif rigolo ou chacun y va de sa proposition sur la tactique à adopter et les phrases à construire pour y arriver. Et si ça plante, c’est pas grave, on a testé un truc, ça a coûté quelques minutes, on peut repartir sur un nouveau run. Toujours au milieu de discussions rigolotes et parfois absurdes.
Un risque de voir émerger un joueur Alpha ? Très clairement.
Donc attention aux fortes personnalités, il faudra dans ce cas prendre sur soit pour que chaque acteur puisse s’exprimer et jouer sa partition. C’est ça, aussi, le rôle du metteur en scène !
Et au final, l’ambiance est chouette autour de la table, on se lâche, on imagine des situations pétées où des objets inanimés poussent ou mangent des être vivants, bref, on joue à jouer la scène. Tout en restant très léger et pas prise de tête. Rafraichissant, je vous disais.
Passée la découverte (et la première représentation), ça dit quoi ?
Une fois les 12 scènes jouées et l’épilogue terminé (lu ou écouté), on fait quoi ?
Eh bien on peut reprendre la pièce. En voyant ce que le tirage des cartes nous donne comme armes pour repartir sur chacun des puzzles.
Jouer cette première pièce, découverte des règles compris, nous aura pris un peu moins de 3h30 au total, en 3 sessions de jeu, donc.
Signe de l’intérêt du jeu à la maison, aucun soucis d’une soirée sur l’autre pour continuer à enchaîner les scènes. Accueil systématiquement enthousiaste à la proposition “on continue Le Petit Théâtre ?”.
Un prologue, puis 14 run (deux scènes se sont montrées revêches, sans doute parce qu’on est mal partis par rapport au tirage des premières cartes).
Est-ce qu’on va enchaîner une deuxième pièce en reprenant à la scène 1 ? Sans doute pas tout de suite (j’ai d’autres jeux à faire découvrir à la famille), mais la proposition d’un "‘ça vous dira qu’on y revienne dans quelques temps ? "’ a aussi récolté un “oui”’ franc et massif.
Et puis ce jeu se prête au prêt, à inviter des proches, même peu joueurs, à s’y essayer. A le faire découvrir à un public large, et pas forcément gros joueur. Il est accueillant, pétillant, amusant, bref il tend les bras pour être joué par le plus grand nombre, y compris avec des enfants.
Bilan
Vous l’aurez compris, le jeu est pour moi un coup de coeur assez inattendu, malgré sa simplicité évidente. Sa qualité d’édition, sa légèreté rigolote, sa folie douce dans le pitch, les illustrations, ces intros et conclusions enregistrées en mode “délire d’auteurs” en font un objet ludique assez décalé dans la production du moment.
Sans doute passé la découverte, y rejouer n’aura pas la même saveur, mais le côté puzzle game reste sympa. Et il se prêtera même au solo (même si pour la découverte, justement, je pense qu’on rate quelque chose si on n’y joue pas un multi. Le lever de rideau mérite de se déguster à plusieurs).
Mais pour le prix (incroyablement bas pour une telle édition), on aurait tort de se priver, si ce genre de jeu original, simple et finalement très “feel good” fait partie des expériences que l’on apprécie.




